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Infolettre n°9 Juin 2026


Quel avenir pour les jeunes Népalais?

(D’après un article du Monde du 13 mars 2026)

Entre 2 000 et 2 500 Népalais se pressent chaque jour à l’aéroport international de Katmandou, 67 000 par mois, selon les chiffres officiels, beaucoup de travailleurs manuels embauchés sur les chantiers des pays du Golfe, mais aussi des ingénieurs, des diplômés. Le Népal, enclavé, souffre d’un manque cruel d’emplois, d’industrie et de perspectives. Le pays est encore essentiellement rural, mais en raison de la géographie montagneuse, les surfaces cultivées ne représentent que 18 % de la superficie totale du pays. L’agriculture, essentiellement familiale, ne peut subvenir aux besoins d’une population de 30 millions d’habitants, qui a doublé entre 1971 et 2011.

Plus de 3 millions de Népalais travaillent à l’étranger. Le chômage des jeunes dépasse les 20 %.

Les plus éduqués optent pour l’Europe, la Corée du Sud, le Japon, l’Australie, les moins éduqués pour les pays du Golfe et la Malaisie, où les attendent des travaux souvent harassants et dangereux pour leur vie. Chaque jour, trois corps de travailleurs migrants népalais décédés à l’étranger sont rendus à leur famille dans ce même aéroport de Katmandou. La majorité de ces jeunes migrants a arrêté ses études et a choisi l’émigration en espérant de meilleures conditions de vie et de travail. A  Dubaï ils peuvent espérer un salaire de 600 à 700 dollars. A Katmandou ils gagnent 200 à 250 dollars par mois sur les chantiers de construction.

Cette migration a généré un business lucratif et un trafic d’êtres humains mené par des agences de recrutement sans scrupule qui proposent leurs services et présentent des offres de travail qui se révèlent souvent des arnaques. Pour payer ces intermédiaires, les candidats à l’exil et leurs familles ont été obligés de s’endetter.

Ils travaillent dans les secteurs du bâtiment, de l’hôtellerie, de la sécurité et du travail domestique, parfois du commerce de détail. L’économie du Népal est cruellement dépendante des transferts d’argent par ces émigrés, à hauteur d’environ 25% du PIB du pays.

En 2022, un nouveau projet a attiré des jeunes Népalais : se faire enrôler sur le front russe pour aller combattre l’Ukraine, alors que Katmandou s’était rangé du côté des Occidentaux et de Kiev. Les candidats avaient été attirés par des promesses de grosses sommes d’argent et la possibilité d’acquérir la citoyenneté russe. L’Etat népalais a lui-même encouragé cette émigration permettant de lutter contre le chômage des jeunes.

En 2026 c’est la guerre au Moyen Orient qui risque de fortement impacter l’emploi de cette main d’oeuvre désormais moins nécessaire, surtout si l’attractivité des pays du Golfe continue à baisser après les bombardements et l’augmentation des risques liés au conflit.

Les transferts d’argent des émigrés vont fondre et cette jeunesse sera dans l’obligation de revenir au pays. Entre la bataille pour l’emploi et la reprise des études, aura-t-elle le choix ?

Les 8 et 9 septembre 2025, lors des manifestations monstres contre le gouvernement, la génération Z avait exigé de pouvoir travailler dans le pays, mais résoudre le problème ne se fera pas sans d’immenses réformes sociales, économiques, démocratiques, et une forte volonté politique.